Emballages plastique : Pourquoi il y en a toujours autant ? Lecture : 10 min
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Emballages plastique : Pourquoi il y en a toujours autant ?

Pourquoi croule-t-on toujours sous les emballages plastique ? Parce que la France a raté son objectif de réduction, que le recyclage plafonne autour de 26 % et que, selon Zero Waste France, les industriels pèsent bien plus lourd que les associations dans la fabrique de la loi. Le 8 octobre, l’ONG a publié un rapport sur le sujet. Pour mieux le connaître, voici ce qu’il dit et ce qui bloque. Vous verrez aussi 5 gestes simples qui permettent de réduire vos emballages dès maintenant.


Ce que dit le rapport de Zero Waste France

Zero Waste France est une association de réduction des déchets. Son rapport, intitulé « le lobbying décomplexé des industriels de l'emballage », s'appuie sur le répertoire public de la HATVP, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le constat tient en deux chiffres. En 2025, parmi 125 acteurs qui déclarent du lobbying sur les emballages, les industriels ont mobilisé 24,3 millions d'euros. Les ONG et la société civile : 1,3 million. Près de 19 fois plus pour les industriels.

 

Sur les 34 acteurs très investis dans le sujet, l'écart reste net : 2,5 millions d'euros pour 32 industriels, contre 43 000 euros pour deux ONG. L'association juge ces montants sous-estimés.

Autre point mis en avant : un amendement du gouvernement, dans le budget 2026, prévoyait une taxe sur les emballages plastique non recyclés. Il a été retiré. Zero Waste France y voit l'influence du syndicat des fabricants, ELIPSO. C'est la lecture de l'ONG, non vérifiée par la presse qui la relaie.

Précision utile : faire du lobbying n'a rien d'illégal. Comme le dit le directeur général de l'association, Bastien Faure, « l'expression des intérêts privés est normale ». Le problème, selon lui, ce sont les « moyens disproportionnés ».

Où en est la France sur les emballages plastique ?

La loi anti-gaspillage (AGEC) visait une baisse de 20 % des emballages plastique à usage unique en 2025 par rapport à 2018, dont au moins la moitié grâce au réemploi. Le bilan intermédiaire du ministère relève au contraire une hausse de 3,3 % des emballages plastique mis sur le marché entre 2018 et 2021.

Les données plus récentes sont contrastées. Entre 2021 et 2023, le nombre d'emballages ménagers recule de 2,8 %, mais leur tonnage grimpe de 60 000 tonnes (chiffres provisoires). Le réemploi, lui, atteint 2,2 % en 2023, pour un objectif de 5 %.

Côté recyclage, la France recycle environ 26 % de ses emballages plastique selon le rapport. Eurostat donne 25,2 % pour 2022. L'objectif européen est fixé à 50 %. D'après Zero Waste France, ce retard coûte à la France environ 1,5 milliard d'euros par an, versés à l'Union européenne.

Côté européen, le règlement sur les emballages s'applique depuis le 12 août 2026. Il vise notamment le suremballage. Reste à l'adapter en droit français.

 

Recycler ne suffit pas : pourquoi ?

Le recyclage vient en dernier dans la hiérarchie des déchets : réduire, réemployer, puis recycler. Et il a ses limites. Selon le bilan du ministère, environ 66 % des emballages plastique ménagers étaient jugés recyclables en 2021. Les fédérations estiment que 19 % des emballages plastique à usage unique n'ont aucune filière de recyclage.

Autre piège : trier n'est pas recycler. Depuis l'extension des consignes de tri, pots, barquettes et films vont dans le bac jaune. Mais ce que vous triez n'est pas forcément recyclé. Méfiez-vous aussi des promesses écologiques trop belles : voyez les arnaques les plus fréquentes.

Pourquoi ça bloque ? Selon le rapport, plusieurs leviers ont été freinés :

  • La taxe sur les emballages plastique retirée,
  • Des décrets de la loi AGEC annulés par le Conseil d'État après un recours du syndicat Plastalliance,
  • Un débat orienté vers le recyclage plutôt que la réduction.

L'association demande plus de transparence, plus de soutien aux associations et une gouvernance des éco-organismes moins dominée par les industriels.

5 gestes pour réduire ses emballages au quotidien

Pas besoin d'attendre la loi. Voici cinq gestes à votre portée.

1. Passez au vrac avec vos propres contenants

Vous pouvez demander à être servi dans votre contenant, à condition qu'il soit propre et adapté (DGCCRF). Selon l'ADEME, le vrac bio coûte 4 à 22 % moins cher que le même produit préemballé. Les magasins bio concentrent environ 60 % du marché du vrac. Gardez des sacs à vrac réutilisables dans votre sac de courses, y compris pour les fruits et légumes.

2. Remplissez une gourde au robinet

L'eau du robinet coûte environ 0,003 € le litre, contre 0,50 € en bouteille, selon l'INC. C'est aussi l'aliment le plus contrôlé par les autorités sanitaires. Retrouvez nos idées pour emporter.

3. Préférez la consigne et le réemploi

Un contenant lavé et rempli de nouveau ne finit ni en déchet ni en recyclage. Quand une version consignée ou rechargeable existe près de chez vous, choisissez-la. Les associations plaident pour généraliser consigne et vrac. Avec 2,2 % de réemploi, l'offre reste limitée.

4. Achetez en grand format ce que vous consommez vraiment

Pour les produits du quotidien (lessive, riz, pâtes, huile), un grand conditionnement ou une recharge demande généralement moins d'emballage par usage. À condition de tout consommer : sinon, vous remplacez un déchet plastique par du gaspillage.

5. Triez correctement ce qui reste

Tous les emballages plastique se trient, avec les papiers et les emballages métalliques ou cartonnés. Séparez les matériaux avant de jeter. Le tri ne règle pas tout, mais il reste utile pour ce que vous ne pouvez pas éviter.

Ces gestes ne remplacent pas des règles plus ambitieuses. Mais ils réduisent vos déchets dès aujourd'hui, et souvent votre facture.

 

Emballages plastique : vos autres questions sur le vrac, l'eau et la loi

Où consulter les déclarations de lobbying des entreprises ?

Sur le site de la HATVP, qui tient le répertoire des représentants d'intérêts. Les fiches des organisations inscrites et leurs activités déclarées sont consultables en ligne. Les données sont aussi publiées en open data, ce qui permet aux associations et aux journalistes de les analyser, comme l'a fait Zero Waste France.

Source : HATVP, répertoire des représentants d'intérêts (hatvp.fr/le-repertoire)

Le commerçant peut-il refuser mon contenant pour le vrac ?

Oui, s'il est manifestement sale ou inadapté. Vous restez responsable de son hygiène, et il doit convenir au contact alimentaire pour les denrées. Pensez à faire tarer la balance : vous ne payez que le poids des produits. Un affichage en magasin précise les règles de nettoyage et d'aptitude des contenants.

Source : DGCCRF, « Vente en vrac : consommateurs, à quoi faire attention ? » (09/09/2025)

Peut-on acheter de la lessive ou du liquide vaisselle en vrac ?

Oui, c'est possible pour certains produits d'entretien. Au premier achat, le distributeur fournit un conditionnement adapté et étiqueté. Aux achats suivants, il vérifie que vous ne mélangez pas des produits. Pour les aliments, certains produits, comme les préparations pour bébé, restent en revanche interdits à la vente en vrac.

Les supermarchés sont-ils obligés de proposer du vrac ?

Une obligation arrive en 2030. La loi Climat et Résilience impose aux magasins d'au moins 400 m² de consacrer 20 % de leur surface de vente de produits de grande consommation à la vente sans emballage primaire. Un décret de novembre 2025 réduit la surface comptée, ce que Zero Waste France et Surfrider critiquent.

Source : Zero Waste France et Surfrider, rapport vrac (mai 2026) ; ministère de la Transition écologique (mars 2025)

Comment vérifier la qualité de l'eau du robinet de ma commune ?

Les résultats du contrôle sanitaire sont consultables commune par commune sur le site du ministère de la Santé, solidarites-sante.gouv.fr. L'INC rappelle que l'eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé par les autorités sanitaires. Il suffit de saisir votre commune.

Source : Institut national de la consommation (INC), « 4 bonnes raisons de boire l'eau du robinet »

Que change le règlement européen sur les emballages pour les entreprises ?

Entré en vigueur le 22 janvier 2025, il s'applique aux entreprises et aux États membres depuis le 12 août 2026. Il prévoit notamment au moins 30 % de plastique recyclé dans les emballages en PET dès 2028, et un objectif de recyclage de 65 % pour les plastiques d'ici 2030. Il vise aussi le suremballage.

Source : CCI Paris Île-de-France, règlement (UE) 2025/40 sur les emballages et déchets d'emballages