Colorants, conservateurs : de quoi parle-t-on exactement ?
Un additif alimentaire est une substance ajoutée à un produit pour remplir une fonction précise :
- Colorer,
- Conserver,
- Épaissir,
- Stabiliser,
- Sucrer,
- Acidifier,
- Améliorer la texture.
Sur les emballages, ces substances apparaissent souvent dans la liste des ingrédients avec un nom complet ou un code commençant par la lettre “E”.
- Les colorants correspondent généralement aux codes E100 à E199. Ils servent à ajouter ou redonner de la couleur à un aliment.
- Les conservateurs, eux, sont souvent classés entre E200 et E299 ;
- Certains antioxydants conservateurs se trouvent entre E300 et E399.
L’Inserm rappelle que ces additifs sont particulièrement fréquents dans les aliments ultra-transformés, notamment :
- Les confiseries,
- Les boissons aromatisées,
- Les desserts industriels,
- Les sauces,
- Les plats préparés,
- Les produits de snacking.
Ce que montrent les nouvelles études de l’Inserm
Les trois études citées par l’Inserm reposent sur la cohorte NutriNet-Santé, qui suit plus de 100 000 participants en France. Les chercheurs ont analysé leurs consommations alimentaires, les marques et produits déclarés, puis les ont croisées avec plusieurs bases de données comme Open Food Facts, Oqali ou encore les données de l’EFSA.
Les résultats sont marquants :
- Chez les plus forts consommateurs, les colorants alimentaires pris dans leur ensemble sont associés à une hausse de 38 % du risque de diabète de type 2 par rapport aux personnes les moins exposées. Ils sont aussi associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer global, de 21 % du risque de cancer du sein et de 32 % du risque de cancer du sein après la ménopause.
- Du côté des conservateurs, les chercheurs observent une association avec une augmentation de 24 % du risque d’hypertension chez les plus forts consommateurs.
- Les conservateurs non antioxydants sont également associés à une hausse du risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.
Attention toutefois : ces études montrent des associations statistiques, pas une preuve que chaque additif provoque directement une maladie chez chaque consommateur. Mais elles ajoutent un signal sérieux à un ensemble de travaux déjà préoccupants.
Pourquoi les aliments ultra-transformés sont-ils au cœur du problème ?
Le sujet dépasse largement le petit “E quelque chose” au dos du paquet. Les additifs sont souvent des marqueurs d’aliments ultra-transformés : produits formulés industriellement, avec des ingrédients nombreux, des textures modifiées et une forte attractivité sensorielle.
Le site public Manger Bouger recommande d’éviter les produits ultra-transformés lorsqu’ils sont souvent gras, sucrés ou salés, et rappelle qu’ils peuvent contenir de nombreux additifs comme les colorants, émulsifiants ou conservateurs. Par précaution, il conseille de privilégier les produits sans additifs ou avec la liste d’additifs la plus courte possible.
Autrement dit, le problème n’est pas seulement un additif isolé. C’est aussi le modèle alimentaire qui va avec : boissons sucrées, biscuits industriels, plats prêts à réchauffer, céréales très transformées, charcuteries industrielles, desserts lactés aromatisés, sauces prêtes à l’emploi.
Faut-il supprimer tous les additifs alimentaires ?
Non, et ce serait presque impossible. Tous les additifs ne présentent pas le même niveau de préoccupation. Certains ont une utilité réelle, notamment pour éviter certaines contaminations microbiologiques. Les conservateurs, par exemple, peuvent aussi contribuer à la sécurité sanitaire des aliments. L’Inserm souligne d’ailleurs que leur réévaluation doit intégrer une approche bénéfice-risque.
La bonne approche n’est donc pas la peur, mais la réduction de l’exposition inutile. Il ne s’agit pas de culpabiliser parce qu’un enfant mange parfois un bonbon coloré ou parce qu’un plat préparé dépanne un soir de fatigue. Il s’agit plutôt d’éviter que ces produits deviennent la base de l’alimentation quotidienne.
Quels additifs alimentaires surveiller sur les étiquettes ?
| Additif | Famille | Où le trouve-t-on souvent ? | Pourquoi le surveiller ? |
|---|---|---|---|
| E102 Tartrazine | Colorant azoïque | Bonbons, boissons, desserts | Colorant controversé, notamment chez les enfants |
| E104 Jaune de quinoléine | Colorant | Confiseries, boissons | À limiter par précaution |
| E110 Jaune orangé S | Colorant azoïque | Sodas, confiseries, sauces | Peut être problématique chez certaines personnes sensibles |
| E122 Azorubine | Colorant azoïque | Confiseries, desserts | Surveillance particulière chez les enfants |
| E124 Rouge ponceau 4R | Colorant azoïque | Bonbons, pâtisseries industrielles | Colorant à limiter |
| E129 Rouge allura | Colorant azoïque | Confiseries, boissons | Souvent cité parmi les colorants à surveiller |
| E249 / E250 Nitrites | Conservateurs | Charcuterie, jambon, saucisses | Sujet très recherché, associé aux débats sur les risques sanitaires |
| E220 à E228 Sulfites | Conservateurs | Fruits secs, vin, crustacés, plats préparés | Peuvent provoquer des réactions chez les personnes sensibles |
| E211 Benzoate de sodium | Conservateur | Sodas, sauces, produits acides | Conservateur fréquent dans l’ultra-transformé |
| E202 Sorbate de potassium | Conservateur | Sauces, fromages, desserts | À surveiller surtout dans les produits très transformés |
Comment limiter les additifs alimentaires au quotidien ?
Le réflexe le plus simple consiste à regarder la liste des ingrédients. Plus elle est courte et compréhensible, mieux c’est. Un produit composé de farine, œufs, lait, beurre, sucre ou légumes est plus lisible qu’un produit contenant 15 ingrédients, plusieurs correcteurs d’acidité, colorants, arômes, stabilisants et conservateurs.
Quelques gestes efficaces :
- Privilégier les aliments bruts ou peu transformés : fruits, légumes, œufs, légumineuses, riz, pâtes simples, yaourts nature ;
- Choisir des produits avec une liste d’ingrédients courte ;
- Limiter les sodas, confiseries, biscuits fourrés, plats préparés et snacks industriels ;
- Comparer deux produits similaires et choisir celui qui contient le moins d’additifs ;
- Cuisiner en double quand c’est possible pour avoir un repas maison prêt le lendemain.
Le Nutri-Score peut aussi aider à repérer la qualité nutritionnelle d’un produit, même s’il ne remplace pas la lecture de la liste d’ingrédients. Manger Bouger rappelle qu’environ 80 % des aliments ultra-transformés sont classés C, D ou E au Nutri-Score.
Additifs alimentaires et enfants : faut-il être plus vigilant ?
Les enfants consomment souvent davantage de produits concernés : bonbons, biscuits, boissons aromatisées, desserts colorés, céréales du petit-déjeuner. Sans tomber dans la panique, il est logique de limiter les produits très colorés et très transformés dans l’alimentation quotidienne :
- Bonbons très colorés ;
- Sodas et boissons aromatisées ;
- Céréales chocolatées ou très sucrées ;
- Desserts industriels ;
- Pains de mie et viennoiseries industrielles ;
- Snacks et biscuits fourrés ;
- Charcuterie industrielle ;
- Snacks apéritifs ;
- Sauces industrielles.
Petit glossaire des additifs alimentaires
- E100 à E199 : colorants
- E200 à E299 : conservateurs
- E300 à E399 : antioxydants et correcteurs d’acidité
- E400 à E499 : agents de texture, épaississants, stabilisants, émulsifiants
- E900 et suivants : édulcorants, agents d’enrobage, gaz, divers additifs
Que devez-vous retenir ?
Les nouvelles études de l’Inserm renforcent un message déjà porté par les autorités de santé : mieux vaut limiter les additifs non essentiels et privilégier les aliments pas ou peu transformés. Les colorants et conservateurs ne sont pas tous à mettre dans le même sac, mais leur présence fréquente dans les produits ultra-transformés invite à revoir certaines habitudes.
FAQ : Additifs alimentaires, colorants et conservateurs
Quels sont les additifs alimentaires les plus controversés ?
Les additifs les plus surveillés sont souvent certains colorants azoïques, les nitrites utilisés dans certaines charcuteries, certains sulfites, benzoates, édulcorants ou agents de texture. Le niveau de risque dépend de l’additif, de la dose, de la fréquence de consommation et du profil de la personne.
Comment savoir si un produit contient des additifs ?
Il faut lire la liste des ingrédients. Les additifs doivent y apparaître avec leur fonction, par exemple “colorant”, “conservateur” ou “édulcorant”, puis leur nom ou leur code commençant par E.
Les additifs bio sont-ils meilleurs ?
Un produit bio peut contenir certains additifs autorisés en bio, mais généralement moins que les produits ultra-transformés classiques. Le label bio ne dispense donc pas de lire la liste des ingrédients.
Quels additifs éviter dans les bonbons ?
Les bonbons très colorés peuvent contenir plusieurs colorants. Par précaution, mieux vaut limiter les confiseries contenant de nombreux colorants, surtout chez les enfants, et privilégier une consommation occasionnelle.
Les conservateurs sont-ils forcément mauvais pour la santé ?
Non. Certains conservateurs ont une utilité sanitaire, car ils limitent le développement de micro-organismes. Le problème vient surtout d’une consommation fréquente de produits ultra-transformés contenant plusieurs additifs.
Quelle est la différence entre additif, conservateur et colorant ?
Un additif est une substance ajoutée pour une fonction précise. Un conservateur prolonge la durée de conservation. Un colorant modifie ou renforce la couleur d’un aliment.
Le Nutri-Score permet-il de repérer les additifs ?
Pas directement. Le Nutri-Score évalue surtout la qualité nutritionnelle. Pour repérer les additifs, il faut lire la liste des ingrédients.
Faut-il supprimer totalement les additifs de son alimentation ?
Ce n’est pas forcément réaliste ni nécessaire. L’objectif le plus utile est de réduire les produits ultra-transformés consommés tous les jours et de privilégier des aliments bruts ou peu transformés.
Sources :
Les 3 nouvelles études :
- 1re étude Diabetes Care : Additifs colorants alimentaires et incidence du diabète de type 2 dans la cohorte prospective NutriNet-Santé
- 2e étude European Journal of Epidemiology : Additifs colorants alimentaires et incidence du cancer dans la cohorte prospective NutriNet-Santé
- 3e étude European Heart Journal : Additifs alimentaires conservateurs, hypertension et maladies cardiovasculaires : l’étude NutriNet-Santé