Les entreprises textiles souhaitent mettre en place une traçabilité des matériaux utilisés Lecture : 7 min
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Les entreprises textiles souhaitent mettre en place une traçabilité des matériaux utilisés

L’univers du textile est en plein questionnement sur la traçabilité des matériaux utilisés. Quelques pistes sont déjà exploitées pour répondre aux consommateurs.


Consommer local dans l’assiette, c’est bien. Mais consommer local et éthique pour le reste, c’est encore mieux ! L’industrie textile est la plus polluante au monde. En plus de solliciter des moyens de transport controversés pour l’approvisionnement en tissus, elle utilise des procédés de fabrication peu respectueux de l’Homme et de la nature. Un concerto d’entreprises textile souhaite répondre à la demande des citoyens en étant plus transparent sur la traçabilité des matériaux utilisés. Explications.

Une provenance des matériaux très opaque

Excepté le fameux « Made In » et la composition du vêtement, rien n’indique la provenance des tissus. Et pour cause : aucune loi n’est prévue pour obliger les industriels à s’y conformer. Il n’y a pas si longtemps, cela était la même chose pour les plats traiteurs des supermarchés. Mais à force de pressions, l’industrie agroalimentaire a fini par courber l’échine en étant obligée d’indiquer au moins la provenance de la viande dans les plats en contenant ou l’origine principale des ingrédients (Origine UE-non UE par exemple).

Les vêtements achetés sont des produits finis. Souvent, la seule indication « Made In » permet de savoir où a été confectionné son jeans ou son pull. Mais qu’en est-il du tissu ? D’où provient-il ? Est-il naturel ? A-t-il été teinté ?

Le produit fini n’est en réalité que la partie immergée de l’iceberg.

En effet, avant la conception finale, entre 7 et 12 étapes ont été nécessaires. Pourtant, le consommateur n’en aura jamais connaissance.

Le danger est également dans nos dressings

Si l’on a longtemps pensé que l’Homme pouvait être en danger par ce qu’il ingérait, ces dernières années ont été révélatrices. En effet, ce que l’on respire, ce que l’on applique sur la peau, ce que l’on boit, mais aussi, ce que l’on porte a une incidence sur notre santé.

N’en déplaise aux fashionistas, le dressing peut également être un véritable ennemi sanitaire. Substances indésirables, matériaux nocifs, conditions de travail déplorables, travail des enfants, etc., se cachent souvent derrière un petit haut tendance ou une paire de chaussures glanée à un prix défiant toute concurrence. Mais attention, le prix n’est pas gage de qualité pour autant. Les grandes marques sont aussi concernées par ce type de pratiques…

Les consommateurs sont-ils réellement intéressés par la transparence des systèmes de fabrication des vêtements ?

D’après une étude menée par Kantar début 2019, 24 % des personnes interrogées regardent les matières premières d’un vêtement avant de l’acheter et seules ¼ des personnes interrogées privilégient le Made in France. Ces chiffres sont faibles, mais tendent à croître avec le temps.

Plusieurs explications à cela : en premier lieu, les scandales liés au textile ne sont que très peu médiatisés. L’on se souviendra des mots de détresse retrouvés par des consommatrices dans les poches de certains vêtements Zara ou Primark. Mais l’affaire a rapidement été noyée par d’autres actualités.
Ensuite, il faut avouer que s’habiller bio ou éthique coûte bien plus cher que de consommer bio ou équitable. En ce sens, le budget des Français déjà fragilisé, ne peut assumer l’achat une chemise 100 % coton bio d’un petit créateur à 100 euros, alors que l’enseigne H&M peut avoir un modèle similaire en coton « responsable » pour 30 euros. Et ce, même si les conditions de conception sont moins fiables et moins éthiques…

Pourtant, les risques sanitaires sont énormes. La peau absorbe les matières chimiques des vêtements et engendre souvent des maladies de peau, des allergies, etc. De même, des perturbateurs endocriniens sont également présents dans les textiles, et sont pourtant portés à même la peau des bébés ou des enfants…

L’enseigne Gemo avant-gardiste

Certaines marques et industries textiles souhaitent malgré tout jouer le jeu. La traçabilité prend souvent du temps, sans compter que cela peut également nuire à leur réputation. C’est ainsi qu’une entreprise française, sous le nom de ViJi, accompagne les industriels du textile à remonter la chaîne pour connaître l’origine des matériaux utilisés et ainsi, pouvoir être plus clair aux yeux de leurs clients.

D’après leurs informations, 72 % des Français souhaitent que les marques textiles soient plus transparentes et plus responsables.

Le consommateur est curieux et désireux de connaître la provenance des matériaux de ses vêtements.

L’enseigne Gemo a été l’une des toutes premières entreprises de prêt-à-porter à se lier avec la startup. Soucieuse de pouvoir apporter une réponse claire à ses clients, elle espère que sa transparence lui sera profitable.

Le blockchain : la solution pour la traçabilité des matériaux textiles ?

ViJi utilise le blockchain pour permettre le traçage d’un produit fini. Mais de quoi s’agit-il ? C’est une technologie à la mode, dans laquelle chaque intervenant est invité à s’identifier. Pour faire simple, tout acteur de la chaîne de conception ou d’approvisionnement doit déclarer son activité sur une base de données décentralisée et sécurisée. Cela permet d’obtenir une traçabilité plus fiable et de détecter les grossistes peu scrupuleux ou encore mettre le doigt sur les dysfonctionnements majeurs.

Est-ce une technique fiable ?

En Europe, les acteurs sont assez enclins à participer à ce type de traçabilité. Toutefois, les risques ne sont pas nuls et parfois, pour ne pas bousculer les habitudes et les relations commerciales, ce procédé pourrait montrer ses limites.

Le tissu peut aussi délivrer son histoire

Michela Puddu, directrice générale et cofondatrice de Haelixa a mis en place un système infalsifiable. Elle propose d’intégrer des biomarqueurs sur les tissus dès leur conception. Par exemple, pour du lin fabriqué en Inde, un biomarqueur enfermé dans des nanostères de 1/10.000 mm de diamètre serait pulvérisé sur le lin dès la sortie de l’usine de fabrication. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que le produit fini arrive dans chez les revendeurs.

Ainsi, le tissu serait empreint d’une sorte d’ADN qu’il serait possible de « lire » pour retracer son histoire avant la mise sur le marché. D’après Michela Puddu, cette technologie peut être appliquée à toutes sortes de matières premières (peaux, pierres précieuses, etc.), afin de délivrer une traçabilité fiable et responsable.