Le sujet est sensible, car le cadmium n’est pas un polluant exotique que l’on croise uniquement près d’une usine abandonnée. L’exposition de la population se fait très largement par l’alimentation. Et c’est précisément ce qui alimente les critiques : si le problème est diffus, pourquoi réserver le remboursement à des situations géographiques très ciblées ?
Un test bientôt remboursé, mais pas pour tout le monde
Le futur remboursement concerne le dosage du cadmium, principalement dans les urines, afin d’évaluer l’imprégnation chronique de l’organisme. La Haute Autorité de santé indique que l’imprégnation se mesure par le dosage urinaire du cadmium, avec des valeurs de référence variables selon l’âge.
D’après les informations publiées par Le Monde, le test, facturé 27,50 euros, serait pris en charge par l’Assurance maladie et les complémentaires santé. Mais son accès remboursé serait limité aux personnes vivant dans des zones identifiées comme potentiellement contaminées, notamment à partir de cartes anciennes de pollution des sols.
C’est là que le bât blesse. Des médecins estiment que ces critères passent à côté de l’essentiel : l’exposition ne dépend pas uniquement de l’adresse du domicile. Elle dépend aussi de ce que l’on mange, de son âge, de son statut nutritionnel, du tabagisme ou encore de certaines habitudes alimentaires.
Pourquoi le cadmium inquiète-t-il autant ?
Le cadmium est un métal lourd toxique. L’Anses rappelle qu’il est reconnu comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Une exposition prolongée peut notamment entraîner des atteintes rénales et une fragilité osseuse, en particulier par voie orale, via l’alimentation et l’eau de boisson.
Le problème, c’est son accumulation. Le cadmium ne disparaît pas rapidement de l’organisme. Il se stocke, notamment dans les reins, et ses effets peuvent apparaître après des années d’exposition. C’est une pollution lente, silencieuse, peu spectaculaire… bref, le genre de sujet sanitaire qui avance à pas feutrés, mais qui peut coûter cher à long terme.
L’alimentation, principale source d’exposition
L’Anses souligne que certaines populations dépassent la dose journalière tolérable par ingestion : 0,6 % des adultes, 14 % des enfants de 3 à 17 ans et jusqu’à 36 % des enfants de moins de 3 ans selon ses données alimentaires.
L’Assurance maladie rappelle également que les enfants, les fumeurs, les personnes vivant dans des zones contaminées et les végétariens peuvent être plus exposés. Pour ces derniers, la raison est simple : une consommation plus importante de céréales, graines et produits végétaux peut augmenter l’exposition au cadmium.
Le cadmium peut être présent dans des aliments très courants : céréales, pain, pâtes, pommes de terre, légumes, graines ou produits issus de cultures sur sols contaminés. L’objectif n’est pas de faire peur ni de bannir ces aliments. Mais il rappelle une réalité souvent oubliée : la pollution des sols finit parfois dans l’assiette.
Pourquoi les médecins parlent de critères trop restrictifs ?
Les critères retenus semblent surtout viser les personnes vivant près de sols fortement contaminés ou certains travailleurs exposés. UFC-Que Choisir résume le problème : le test urinaire doit être prochainement remboursé en ville, mais il serait destiné principalement aux travailleurs surexposés et aux personnes vivant à proximité d’un site industriel pollué. L’association estime que l’enjeu majeur reste la réduction du cadmium à la source, notamment dans les engrais.
Pour les médecins critiques, cette approche est trop étroite. Elle revient à considérer le cadmium comme un problème localisé, alors que l’alimentation diffuse l’exposition à l’ensemble de la population. Autrement dit : habiter loin d’un ancien site industriel ne garantit pas une faible exposition.
Ils plaident donc pour une logique plus large, prenant en compte les habitudes alimentaires, les enfants, les carences en fer, calcium ou zinc, ou encore les personnes présentant déjà des troubles rénaux ou osseux. La HAS indique d’ailleurs qu’en cas de dépassement de certaines valeurs, le médecin peut rechercher une atteinte rénale, une déminéralisation osseuse ou des carences favorisant l’absorption digestive du cadmium.
Que peut-on faire à son échelle ?
À l’échelle individuelle, il n’existe pas de solution miracle. L’Anses recommande surtout de varier son alimentation afin de limiter l’exposition répétée à une même source. Elle insiste aussi sur la nécessité d’agir à la source, en particulier sur les matières fertilisantes qui contribuent à la contamination des sols et des aliments.
Concrètement, il est utile de diversifier les céréales, les féculents, les légumes et leur origine. Pour les personnes vivant dans une zone connue comme contaminée, la HAS recommande de limiter la consommation de légumes cultivés dans les jardins individuels ou issus de la cueillette locale, et de varier les origines des aliments.
Le remboursement du dépistage est donc une avancée, mais il ne répond qu’à une partie du problème. Pour beaucoup de médecins, le vrai sujet dépasse le test : il concerne la surveillance des aliments, la qualité des sols agricoles, les engrais utilisés et l’information du public. Car sur le cadmium, une chose est déjà claire : les Français ne demandent pas seulement à être testés, ils veulent comprendre ce qu’ils avalent au quotidien.
Quels sont les aliments qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium dans l’alimentation quotidienne ?
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Conseil : La contribution dépend à la fois de la teneur et de la fréquence de consommation.
Comment réduire concrètement son exposition au cadmium au quotidien ?
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- Arrêtez complètement le tabac (source très importante chez les fumeurs).
- Variez vos sources alimentaires : alternez les origines des céréales et légumes.
- Limitez les produits à base de blé très transformés (biscuits, gâteaux, céréales sucrées) et remplacez une partie par des légumineuses (lentilles, pois chiches).
- Privilégiez une alimentation diversifiée et équilibrée plutôt que mono-consommation de certains produits.
Quels sont les symptômes d’une exposition chronique (long terme) au cadmium ?
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Le tabac augmente-t-il vraiment l’exposition au cadmium ?
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Quelles sont les populations les plus vulnérables au cadmium ?
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Existe-t-il un traitement en cas de taux élevé de cadmium ?
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Le bio, les aliments locaux ou l’eau du robinet augmentent-ils le risque ?
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Source : https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/27/le-depistage-du-cadmium-bientot-rembourse-mais-juge-trop-restrictif-par-les-medecins-les-francais-ont-le-droit-de-savoir_6683597_3244.html