Guerre en Iran : Pourquoi les pays émergents sont les premiers à encaisser le choc économique ? Lecture : 12 min
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Guerre en Iran : Pourquoi les pays émergents sont les premiers à encaisser le choc économique ?

2 mois après le début de la guerre en Iran, le choc économique dépasse largement le Moyen-Orient. L’instabilité énergétique, la hausse des prix du pétrole et du gaz, les tensions sur les devises et le durcissement des conditions financières commencent à peser lourdement sur les pays émergents. Ces économies, souvent plus dépendantes des importations d’énergie et plus vulnérables aux variations des taux d’intérêt, se retrouvent en première ligne, sous pression économique.


Ce qu’il faut retenir

  • La guerre en Iran provoque une hausse des prix de l’énergie et des tensions sur les devises.
  • Les pays émergents importateurs de pétrole et de gaz sont les plus exposés.
  • Les banques centrales doivent choisir entre soutenir la croissance ou combattre l’inflation.
  • Les subventions aux carburants risquent d’alourdir les déficits publics.
  • Le choc pourrait aussi toucher l’Europe via les prix, les marchés financiers et les chaînes d’approvisionnement.

 

Un choc énergétique qui ravive l’inflation

Le principal canal de transmission est simple : l’énergie. Quand le pétrole, le gaz et les coûts de transport augmentent, les prix se diffusent rapidement dans toute l’économie. Carburants, électricité, alimentation, importations, logistique : l’effet domino peut être brutal.

Les marchés émergents d’Asie sont particulièrement exposés, car une part importante de leurs importations de brut et de gaz passe traditionnellement par le détroit d’Ormuz, devenu un point de tension majeur depuis le conflit.

Cette pression énergétique complique aussi la trajectoire de désinflation. Plusieurs banques centrales qui envisageaient de baisser leurs taux doivent désormais temporiser, voire redevenir plus restrictives. Les Philippines, la Turquie, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, l’Inde et l’Afrique du Sud sont parmi les pays où les autorités monétaires adoptent un ton plus prudent.

 

Des banques centrales coincées entre croissance et inflation

Pour les pays émergents, le dilemme est corsé :

  • Baisser les taux pourrait soutenir l’activité, mais risquerait d’alimenter l’inflation et d’affaiblir les monnaies locales.
  • Maintenir des taux élevés protège davantage la stabilité financière, mais freine l’investissement, la consommation et le crédit.

C’est le genre de choix économique où il n’y a pas de bouton facile. Et pour les ménages, cela peut se traduire par des prix plus élevés, des crédits plus chers et une croissance plus molle.

Le FMI a d’ailleurs abaissé ses prévisions pour les économies émergentes et en développement, de 4,2 % à 3,9 %, d’après les chiffres repris par Reuters.

 

Les finances publiques sous pression

Autre problème : les subventions. De nombreux gouvernements émergents amortissent déjà les prix de l’énergie pour éviter une flambée sociale. Mais plus les prix restent élevés, plus la facture budgétaire grossit.

Les subventions mondiales aux énergies fossiles représentaient 725 milliards de dollars en 2024 selon le FMI. Le risque, désormais, est que plusieurs États augmentent encore ces dépenses pour contenir le mécontentement, au prix d’un déficit public plus lourd.

Les pays cités comme particulièrement vulnérables incluent notamment l’Égypte, la Turquie, l’Indonésie, l’Inde, la Hongrie et la Pologne. Leur point commun : une exposition aux prix de l’énergie, des marges budgétaires limitées ou une sensibilité élevée au coût de la dette.

 

Certains pays fragiles risquent de replonger

Les pays déjà affaiblis par des crises récentes sont les plus surveillés. L’Égypte, le Sri Lanka et le Pakistan ont des économies fragiles, susceptibles de subir un nouveau choc de confiance.

  • En Égypte, la hausse des prix du carburant et de l’alimentation s’ajoute à la pression sur le tourisme, les transferts d’argent venus du Golfe et le coût de remboursement de la dette.
  • Le Sri Lanka, déjà marqué par son défaut de 2022, a réintroduit des subventions aux carburants.
  • Le Pakistan, lui, dispose de réserves de change limitées par rapport à ses besoins d’importation.

 

Quels pays émergents sont les plus menacés par la guerre en Iran ?

Les pays les plus vulnérables sont ceux qui cumulent plusieurs fragilités : forte dépendance aux importations d’énergie, monnaie sous pression, dette extérieure élevée, réserves de change limitées et budget public déjà tendu.

Parmi les économies les plus surveillées figurent notamment l’Égypte, le Pakistan, le Sri Lanka, la Turquie, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, ainsi que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne importateurs de pétrole. Ces États ne sont pas tous exposés de la même manière, mais ils partagent une faiblesse commune : une hausse durable du pétrole, du gaz ou du dollar peut rapidement renchérir les importations, alimenter l’inflation et compliquer le remboursement de la dette.

L’Égypte, le Sri Lanka et le Pakistan sont parmi les pays fragiles susceptibles de replonger dans une zone de tension économique.

 

L’Afrique subsaharienne particulièrement exposée

Le choc pourrait aussi frapper durement plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Les économies qui importent leur pétrole tout en ayant des finances publiques fragiles sont les plus exposées. Dans ces pays, la hausse durable du brut peut rapidement se transformer en crise budgétaire, alimentaire et sociale.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a mis en garde contre les subventions généralisées, estimant qu’il vaut mieux cibler les aides vers les populations qui en ont réellement besoin. Le FMI pourrait devoir mobiliser entre 20 et 50 milliards de dollars de soutien d’urgence supplémentaire face à la crise.

 

Pourquoi cette crise compte-t-elle pour l’économie mondiale ?

Cette tension sur les pays émergents n’est pas un sujet lointain. Ces économies représentent une part majeure de la croissance mondiale, des chaînes d’approvisionnement, des matières premières et de la demande internationale. Si elles ralentissent, les effets peuvent revenir vers l’Europe sous forme de hausse des prix, de marchés financiers plus instables, de tensions commerciales ou de ralentissement des exportations.

L’enjeu est donc double :

  • éviter une crise énergétique prolongée,
  • mais aussi empêcher que le choc se transforme en crise de dette pour les pays les plus fragiles.

Pour l’instant, le risque n’est pas seulement militaire ou diplomatique. Il est aussi économique, financier et social. Et les pays émergents, comme souvent en période de tempête mondiale, sont les premiers à sentir le vent tourner.

 

Pourquoi cette crise peut aussi toucher le portefeuille des Français ?

Même si le choc frappe d’abord les pays émergents, ses effets peuvent finir par se répercuter en Europe. Une hausse durable du pétrole ou du gaz peut renchérir les carburants, les billets d’avion, certains produits alimentaires, les biens importés et les coûts de transport.

Les entreprises européennes peuvent aussi être touchées si leurs fournisseurs situés en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient subissent des retards, une hausse des coûts ou des tensions de change. Autrement dit, une crise économique dans les pays émergents n’est pas seulement un sujet lointain : elle peut revenir par les prix à la pompe, les rayons des magasins, les marchés financiers et les chaînes logistiques.

 

Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il au cœur des inquiétudes ?

Le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus sensibles au monde. Situé entre l’Iran et Oman, il relie le Golfe persique à la mer d’Arabie. Une perturbation dans cette zone peut immédiatement inquiéter les marchés, car une part majeure des exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié du Golfe y transite.

Pour les pays émergents importateurs d’énergie, notamment en Asie, le problème est direct : si les flux ralentissent ou deviennent plus chers à assurer, les prix de l’énergie augmentent, les devises se tendent et les banques centrales doivent réagir. L’Agence internationale de l’énergie rappelle qu’environ 20 millions de barils par jour passent par ce détroit, soit près d’un quart du commerce maritime mondial de pétrole.

 

Une crise qui rappelle la dépendance mondiale aux énergies fossiles

Cette crise souligne aussi une dépendance structurelle : tant que les économies restent fortement exposées au pétrole et au gaz importés, chaque choc géopolitique peut se transformer en choc social. Pour les pays émergents, la transition énergétique n’est donc pas seulement un enjeu climatique. C’est aussi une question de souveraineté économique, de stabilité budgétaire et de protection des ménages.

Le FMI estime que les subventions explicites aux énergies fossiles représentaient 725 milliards de dollars en 2024. Ces aides peuvent amortir temporairement le choc pour les consommateurs, mais elles pèsent lourdement sur les finances publiques lorsqu’elles se prolongent.

 

Guerre en Iran et pays émergents : les questions clés

Pour mieux comprendre les conséquences économiques du conflit, voici les réponses aux principales questions que peuvent se poser les lecteurs sur le pétrole, l’inflation, les monnaies, la dette et les risques pour l’économie mondiale.

Pourquoi les pays émergents sont-ils plus vulnérables à une hausse du pétrole ?

Les pays émergents sont souvent plus exposés car beaucoup importent une grande partie de leur énergie, disposent de marges budgétaires plus limitées et empruntent parfois en devises étrangères. Quand le pétrole grimpe, leur facture d’importation augmente, leur monnaie peut se déprécier et l’inflation repart plus vite que dans les économies avancées. Le détroit d’Ormuz reste un point critique : une part majeure des flux pétroliers mondiaux y transite chaque jour.

Quels pays émergents risquent d’être les plus touchés par la guerre en Iran ?

Les pays les plus fragiles sont ceux qui cumulent trois faiblesses : dépendance aux importations d’énergie, dette élevée et réserves de change limitées. L’Égypte, le Pakistan, le Sri Lanka, la Turquie ou certains pays d’Afrique subsaharienne font partie des économies particulièrement surveillées, car elles peuvent subir à la fois une hausse des prix, une pression sur leur monnaie et un coût de financement plus élevé.

Quel est le lien entre guerre en Iran et inflation alimentaire ?

Le lien passe d’abord par l’énergie. Le pétrole plus cher renchérit le transport, les engrais, l’irrigation, la transformation alimentaire et la logistique. Dans les pays où une part importante du revenu des ménages est consacrée à l’alimentation, même une hausse modérée peut devenir très sensible socialement. Les économies émergentes subissent donc un double choc : carburants plus chers et produits alimentaires plus coûteux.

Pourquoi les monnaies des pays émergents baissent-elles en période de crise géopolitique ?

En période de choc géopolitique, les investisseurs cherchent généralement des actifs jugés plus sûrs, comme le dollar américain ou les obligations de pays développés. Les capitaux peuvent alors quitter les marchés émergents, ce qui affaiblit leurs monnaies. Une devise plus faible rend ensuite les importations plus chères, notamment le pétrole souvent facturé en dollars.

Pourquoi les banques centrales des pays émergents ne baissent-elles pas simplement leurs taux ?

Elles sont coincées entre deux risques. Baisser les taux peut soutenir la croissance, mais cela peut aussi aggraver l’inflation et fragiliser la monnaie locale. À l’inverse, maintenir des taux élevés aide à défendre la devise et à freiner l’inflation, mais cela pèse sur le crédit, l’investissement et la consommation.

La hausse du pétrole peut-elle provoquer une crise de la dette ?

Oui, surtout dans les pays déjà très endettés. Une hausse durable du pétrole augmente les dépenses publiques, notamment lorsque l’État subventionne les carburants ou l’électricité. Dans le même temps, des taux d’intérêt élevés rendent le refinancement de la dette plus coûteux. Le risque augmente lorsque le pays doit rembourser une partie importante de sa dette en dollars.

Pourquoi les subventions à l’énergie deviennent-elles un problème pour les États ?

Les subventions permettent d’éviter une flambée immédiate des prix pour les ménages, mais elles coûtent très cher aux finances publiques. Plus les prix mondiaux de l’énergie restent élevés, plus l’État doit payer pour maintenir des prix artificiellement bas. À court terme, cela peut calmer la colère sociale. À moyen terme, cela creuse les déficits et peut inquiéter les créanciers.

Le détroit d’Ormuz est-il vraiment si important pour l’économie mondiale ?

Oui. Le détroit d’Ormuz est l’un des principaux points de passage du pétrole mondial. Une perturbation durable peut toucher directement les importateurs asiatiques, mais aussi faire monter les prix mondiaux de l’énergie. Même les pays qui n’importent pas directement depuis le Golfe peuvent être affectés, car le pétrole se négocie sur un marché mondial.

Les pays producteurs de pétrole profitent-ils forcément de la crise ?

Pas toujours. Les exportateurs de pétrole peuvent bénéficier de prix plus élevés, mais seulement s’ils peuvent continuer à exporter normalement. Si les routes maritimes sont perturbées, si les coûts d’assurance explosent ou si les infrastructures énergétiques sont menacées, les recettes peuvent au contraire devenir plus incertaines.

La guerre en Iran peut-elle avoir un impact sur les consommateurs européens ?

Oui, même si l’impact est indirect. Une hausse prolongée du pétrole peut renchérir les carburants, les billets d’avion, certains produits importés et les coûts de transport. L’Europe peut aussi être touchée via les marchés financiers, les chaînes d’approvisionnement et la baisse de demande dans les pays émergents.

 

Source : https://www.reuters.com/world/asia-pacific/two-months-into-iran-war-economic-strain-mounts-across-emerging-markets-2026-04-27/

Image créée par Grok

 


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