Valérie Masson-Delmotte, une paléoclimatologue résolument engagée Lecture : 7 min
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Valérie Masson-Delmotte, une paléoclimatologue résolument engagée

Les enjeux du changement climatique sont de plus en plus prégnants et pas un seul jour ne passe sans qu’il en soit fait mention. Aussi, rien d’étonnant à ce que Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche à l’IPSL/LSCE, co-présidente du groupe de travail 1 du GIEC depuis 2015 et membre de l’Académie des technologies soit intervenue lors du séminaire de rentrée gouvernementale le 31 août 2022. Sa mission au GIEC s’est achevée en juillet 2023 et Valérie Masson-Delmotte a retrouvé son laboratoire de recherche, ni optimiste ni pessimiste, mais toujours aussi lucide. Portrait d'une paléoclimatologue engagée.

Une enfance, la tête dans les nuages, mais les pieds bien ancrés sur terre

Née le 29 octobre 1971 à Nancy, Valérie Masson-Delmotte garde de son enfance le souvenir de vacances en famille au plus près de la nature. Si elle peut passer des heures à observer le ciel et les nuages, elle est également très attirée par les mystères de la terre et se découvre une vocation : elle deviendra archéologue. Devant le peu d’enthousiasme de ses parents qui craignent que cette voie présente peu de débouchés, elle décide de s’orienter vers des études scientifiques et intègre la célèbre École centrale Paris.

La mort de son jeune frère à l’âge de 16 ans, des suites d’une leucémie, va bouleverser son parcours. Cette disparition lui fait réaliser que la vie peut être brutalement interrompue alors qu’elle vient à peine de commencer. Sa décision est prise : elle ne passera pas à côté de ses rêves et choisira une voie qui réponde vraiment à ses aspirations. Or, ce n’est pas celle à laquelle ses études la préparent, à savoir faire carrière dans une entreprise.

Comment une revue scientifique peut-elle changer le cours d’une vie ?

Valérie Masson-Delmotte veut exercer une profession qui corresponde à ses valeurs et à ses exigences. C’est la relecture d’un vieux magazine datant de ses années de lycée qui sera son fil rouge. On y parle de gaz à effet de serre et des tout premiers essais de modélisation du climat. Cet article lui permet de se reconnecter à son enfance et de revivre en pensée ses vacances sous la tente, bercée par le goût de l’observation des nuages. Sa voie est désormais toute tracée : elle sera climatologue.

Sans aucune hésitation, elle choisit Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, comme directeur de sa thèse. Malheureusement, celui-ci s’avère indisponible, car il vient de prendre un autre thésard, Marc Delmotte, qui deviendra d’ailleurs son époux en 2000. C’est donc Sylvie Joussaume, climatologue, qui accepte d’être sa directrice de thèse avec comme objet « Confronter les simulations de climats passés et les indices issus d’archives naturelles, pour évaluer la capacité des modèles de climat ».

Diplômée de l’École centrale en 1993, elle soutient brillamment sa thèse et devient docteure en énergétique, physique des fluides et des transferts. Elle entre rapidement au CEA et travaille avec Jean Jouzel. En 1998, elle devient responsable de l’équipe Glaces et continents, climats et isotopes stables (Glaccios) du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE).

Des carottes de glace pour remonter le temps

Valérie Masson-Delmotte effectue deux missions au Groenland dont elle garde un merveilleux souvenir. Pour sa deuxième expédition en 2008, elle part en famille avec son mari, Marc Delmotte, et leurs deux filles.

Ces deux expériences l’amèneront à cosigner avec Jean Jouzel et Didier Hauglustaine un livre de vulgarisation scientifique, Atmosphère, atmosphère. L’objectif de cet ouvrage est de faire découvrir les glaciers, ces « sentinelles du bout du monde », qui peuvent permettre d’anticiper les actions utiles pour préserver notre planète.

Elle co-signera également avec Émilie Gauthier, David Grémillet, Jean-Michel Huctin et Didier Swingedouw, le livre Le Groenland, qui « rassemble pour la première fois des contributions sur le climat, l’écologie et la société d’une centaine d’auteurs de nombreux pays, y compris du Groenland lui-même ».

Une envie irrésistible de désacraliser et de vulgariser la science

Valérie Masson-Delmotte a constamment ressenti le besoin profond de s’éloigner des laboratoires de recherche pour aller à la rencontre de tous ceux et celles qui subissent les changements climatiques, sans toujours en comprendre les causes. C’est la raison pour laquelle elle a écrit de nombreux ouvrages destinés à tout public et plus particulièrement aux plus jeunes. Elle a su trouver les mots et le style, plus proche du roman que du documentaire, pour les conduire à s’intéresser à tout ce qui touche au climat (le réchauffement climatique, les glaciers du Groenland…).

Parallèlement à l’écriture, Valérie Masson-Delmotte utilise tous les moyens à sa disposition pour alerter le monde sur l’urgence climatique. Elle participe à des émissions de radio et des rencontres dans des centres commerciaux ; elle utilise les réseaux sociaux comme Twitter, avec des échanges quotidiens avec plus de 5 000 abonnés.

 

 

Une lutte sans relâche contre le climatoscepticisme

Très rapidement, Valérie Masson-Delmotte se retrouve impliquée dans la lutte contre le climatoscepticisme. À la tête de l’appel de 400 spécialistes du climat, elle dénonce notamment les erreurs de Claude Allègre et du géophysicien Vincent Courtillot. Dans son livre Climat : le vrai et le faux sorti en 2011 et destiné au grand public, elle démonte un à un les arguments des climatosceptiques, basés principalement sur l’idée que c’est la technique qui permettra de régler les désordres climatiques. Tout cela avec une parfaite maîtrise de ses émotions, car Valérie Masson-Delmotte cultive l’art de la communication non violente. Elle est convaincue que l’adhésion à la cause de l’environnement ne peut s’obtenir que par la pédagogie et qu’il ne sert à rien d’élever la voix.

 

Une intervention très remarquée lors d’un séminaire gouvernemental de rentrée

Le 31 août 2022, elle est conviée au séminaire gouvernemental de rentrée qui se déroule à l’Élysée, afin de sensibiliser les ministres aux enjeux du changement climatique. Elle est persuadée qu’il faut mener un travail pédagogique pour accélérer la montée du niveau des connaissances et des compétences du gouvernement.

Durant son intervention, Valérie Masson-Delmotte commence par dresser un état des lieux pour mettre en évidence les conséquences du dérèglement climatique qui sont déjà constatées comme :

  • l’emblématique été 2022 en France ;
  • le réchauffement planétaire de 1,1 °C, une augmentation inédite depuis de 2 000 ans ;
  • la chaleur et les pluies extrêmes, les grandes sécheresses ;
  • la montée continue du niveau de la mer.

Devant ces faits objectifs, Valérie Masson-Delmotte insiste sur le fait qu’il devient impératif de limiter le réchauffement climatique et que chaque année compte. Cette écologiste charismatique, au calme inébranlable, souligne la nécessité de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et met l’accent sur les trois axes principaux sur lesquels il faut travailler sans relâche :

  • éviter les emballages inutiles, le télétravail et les vols longue distance ;
  • privilégier la marche et le vélo, une alimentation végétarienne ou végétalienne ;
  • utiliser les transports en commun ;
  • accélérer la rénovation thermique, l’usage des pompes à chaleur et développer les sources d’électricité renouvelable.

 

L’intervention de Valérie Masson-Delmotte a été, sans conteste, très médiatisée. Cependant, si elle a été entendue, encore faut-il qu’elle ait été écoutée !


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