Suppression des ZFE : Pourquoi 70 députés saisissent le Conseil constitutionnel ? Lecture : 5 min
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Suppression des ZFE : Pourquoi 70 députés saisissent le Conseil constitutionnel ?

La suppression des zones à faibles émissions, les fameuses ZFE, n’est pas encore définitivement actée. Après l’adoption de la loi de « simplification de la vie économique », plusieurs groupes de députés ont décidé de saisir le Conseil constitutionnel pour contester certaines mesures du texte, dont la fin des ZFE et l’assouplissement du zéro artificialisation nette, le ZAN. Quelque 70 députés du bloc central ont déposé un recours le 28 avril 2026, après une première saisine de députés socialistes et écologistes le 20 avril.


Derrière cette bataille juridique, il y a une question très concrète : "Peut-on supprimer un dispositif de lutte contre la pollution de l’air sans porter atteinte au droit de vivre dans un environnement sain ?"

Pourquoi les ZFE sont-elles contestées ?

Les ZFE ont été créées pour limiter la circulation des véhicules les plus polluants dans certaines grandes agglomérations. Le principe repose sur la vignette Crit’Air, qui classe les véhicules selon leurs émissions. Le ministère de la Transition écologique rappelle que ces zones visent à améliorer la qualité de l’air autour des grandes villes et à protéger la santé des habitants. La loi Climat et Résilience de 2021 avait notamment prévu leur déploiement dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants.

Mais le dispositif est devenu très impopulaire chez une partie des automobilistes. Ses opposants dénoncent une mesure punitive, socialement injuste, qui pénalise d’abord les ménages modestes incapables de remplacer leur voiture. Résultat : la suppression des ZFE a été intégrée à la loi de simplification économique, un texte initialement destiné à alléger les contraintes administratives des entreprises.

 

Pourquoi des députés déposent-ils un recours ?

Les députés requérants estiment que la suppression des ZFE constitue un recul environnemental majeur. Leur argument central repose sur la Charte de l’environnement, intégrée au bloc de constitutionnalité. Son article 1er affirme que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».

Autrement dit, les parlementaires ne contestent pas seulement un choix politique. Ils demandent au Conseil constitutionnel de vérifier si la suppression d’un outil anti-pollution est compatible avec les exigences constitutionnelles de protection de la santé et de l’environnement.

La saisine vise aussi d’autres mesures du texte, notamment l’allègement de certains objectifs liés au ZAN, qui encadre l’artificialisation des sols. Pour les députés opposés au texte, la loi de simplification serait devenue un véhicule législatif de « détricotage » environnemental.

 

 

Le Conseil constitutionnel peut-il vraiment bloquer la suppression des ZFE ?

Oui, en théorie. L’article 61 de la Constitution permet à 60 députés ou 60 sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel avant la promulgation d’une loi. Une fois saisi, le Conseil dispose en principe d’un mois pour rendre sa décision, et la promulgation de la loi est suspendue pendant cet examen.

Concrètement, 3 scénarios sont possibles :

  1. Le Conseil valide la loi : la suppression des ZFE pourrait alors entrer en vigueur après promulgation.
  2. Il censure seulement certains articles : la fin des ZFE pourrait être retirée du texte, tandis que le reste de la loi serait conservé.
  3. Il formule des réserves : la mesure serait maintenue, mais encadrée juridiquement.

Le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision au plus tard le 21 mai 2026. En attendant, le droit actuel continue de s’appliquer : les ZFE ne sont donc pas supprimées à ce stade.

Pourquoi ce recours est-il politiquement sensible ?

Le sujet est explosif parce qu’il oppose deux réalités difficiles à concilier.

  • D’un côté, la pollution de l’air reste un enjeu sanitaire majeur. Santé publique France estime que l’exposition aux particules fines PM2,5 est responsable d’environ 40 000 décès attribuables chaque année en France.
  • De l’autre, les ZFE sont perçues comme une contrainte injuste par de nombreux conducteurs, notamment dans les zones périurbaines et rurales, où la voiture reste souvent indispensable. Beaucoup de ménages n’ont pas les moyens d’acheter un véhicule récent ou électrique, même avec des aides.

C’est toute la difficulté du dossier : améliorer l’air des villes sans créer une écologie à deux vitesses. Un joli casse-tête !

Que doivent faire les automobilistes maintenant ?

Pour l’instant, il ne faut pas jeter sa vignette Crit’Air ni considérer que les restrictions ont disparu. Le certificat qualité de l’air reste obligatoire pour circuler dans les ZFE existantes et lors de certaines circulations différenciées en cas de pic de pollution.

Les automobilistes concernés doivent donc continuer à vérifier les règles de leur agglomération. Certaines villes appliquent des restrictions strictes, d’autres ont des dispositifs plus souples ou progressifs.

La suppression des ZFE n’est pas encore définitive. Des députés ont saisi le Conseil constitutionnel pour contester cette mesure, au nom du droit à un environnement sain et de la protection de la santé publique. La décision attendue d’ici le 21 mai 2026 dira si la fin des ZFE peut être promulguée ou si elle doit être censurée. En clair : le match n’est pas terminé. Les députés ont voté, mais les « Sages » doivent encore siffler — ou non — la fin de la partie.


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